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vendredi, janvier 20, 2006

Retour à la normale à Abidjan après quatre jours d'émeute

ABIDJAN, le 20 janvier (IRIN) - Les activités ont repris vendredi en Côte d’Ivoire et les voitures et véhicules de transport en commun circulaient normalement dans les rues après que les Jeunes Patriotes, partisans du président Laurent Gbagbo, ont abandonné la rue et levé les barrages à travers la ville.

A Daola, localité située dans l’ouest et dans la ville portuaire de San Pedro, au sud-ouest du pays, la vie semble avoir aussi repris son cours normal.

Les manifestants massés depuis quatre jours devant le siège de l’ONUCI - Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire -- et bloquant l’accès à l’immeuble ont eux aussi mis fin à leurs actions, a indiqué Gilles Combarieu, le porte-parole militaire des forces de l’ONUCI.

« La situation est redevenue normale la nuit dernière vers 20 heures », a déclaré M. Combarieu. « Dès que le mot d’ordre a été donné, ils sont partis très rapidement », a-t-il ajouté.

Jeudi soir, pendant que le Conseil de sécurité se réunissait à New York pour débattre de la situation en Côte d’Ivoire, le leader des Jeunes Patriotes, Charles Blé Goudé, avait appelé ses sympathisants à cesser leurs manifestation et à lever les barrages qui bloquaient depuis le début de la semaine les principaux axes routiers d’Abidjan, la capitale économique du pays.

« Nous appelons à nos amis, dans les différents quartiers, à lever les barrages », a-t-il lancé sur les ondes de la radio nationale.

Les forces de l’ONUCI ont été prises à parti cette semaine par les Jeunes Patriotes après la recommandation faite par le Groupe de travail international de ne pas proroger le mandat des députés de l’Assemblée nationale ivoirienne qui a expiré le 16 décembre dernier.

Pour tenter de désamorcer la crise, le président nigérian, Olusegun Obasanjo, s’était rendu mercredi en Côte d’Ivoire pour rencontrer les deux chefs de fille de la politique ivoirienne et avait précisé, au cours d’un point presse, que « le Groupe de travail international n’avait pas le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale et qu’il n’en avait pas l’intention ».

A New York en revanche, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est dit très « préoccupé » par la situation et a brandi la menace de sanctions ciblées à l’encontre de toute personne faisant obstacle au travail de l’ONUCI.

« Ceux qui se comportent de cette manière doivent savoir que le moment viendra ils où devront répondre de leurs actes et des désagréments qu’ils causent à leur société », a déclaré à la presse, Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies.

M. Annan a également écarté toute idée de retrait des casques bleus, malgré les attaques dont ils ont fait l’objet dans l’ouest de la Côte d’Ivoire et qui ont fait cinq morts parmi les manifestants.

Selon de nombreux analystes et éditorialistes, les récents incidents sont dus à une lutte de pouvoir entre le président Gbagbo -- dont le mandat a été prorogé par le Conseil de sécurité jusqu’en octobre prochain et pour qui l’Assemblée nationale reste le dernier bastion de son pouvoir -- et M. Banny, nommé Premier ministre par intérim, conformément aux dispositions du plan de paix.

Pour le porte-parole de la rébellion, Sidiki Konaté, les manifestations de cette semaine ont été orchestrées par M. Gbagbo et par son parti, le FPI (Front Populaire ivoirien), pour déstabiliser M. Banny.

« Il est difficile de comprendre ce que le parti au pouvoir a gagné dans tout cela », a expliqué M. Konaté. « Ils ont tenté de déstabiliser le Premier ministre, mais comme le Conseil de sécurité a réaffirmé son soutien à M. Banny, ils n’y sont pas parvenus ».

Pour d’autres observateurs, en revanche, le camp de Gbagbo a remporté une importante victoire cette semaine.

« La crise a été bien orchestrée et coordonnée par la présidence. Et dans l’épreuve de force que M. Gbagbo a engagé contre M. Banny, la présidence a remporté une victoire », a expliqué un diplomate occidental, sous couvert de l’anonymat.

Par ailleurs, commentant le peu d’enthousiasme manifesté par la police ou les forces de sécurité pour mettre fin aux troubles, malgré l’interdiction des manifestations dans le pays, le diplomate a ajouté :

« Ils ont démontré qu’ils contrôlent encore les forces de sécurité et les milices et qu’on doit encore compter avec eux. M. Gbagbo a prouvé qu’il contrôlait la situation et que le Premier ministre n’a aucun moyen d’imposer ses décisions ».

Ecrivain et éditorialiste ivoirien respecté, Venance Konan ne partage pas cet avis. Selon lui, ces incidents sont la conséquence d’une action menée par M. Gbagbo pour renforcer son pouvoir politique, après la perte de portefeuilles des Finances et de la Défense dans le nouveau gouvernement, et pour contrôler la Commission électorale nationale.

« L’Assemblée nationale est leur dernier bastion. Sans elle, ils ne peuvent plus contrôler le processus électoral et remporter les élections », a-t-il ajouté.

Mais pour la rébellion, avec les troubles que le pays a connus cette semaine, il faut s’interroger sur la capacité de l’ONUCI à faire face à ces manifestations.

« Nous attendons...que l’ONUCI nous explique comment elle compte sécuriser Abidjan », a fait remarquer M. Konaté. « Si le même scénario se produit pendant les élections, quelle sera la réaction des casques bleus ? Battre en retraite à nouveau ?

lundi, janvier 16, 2006

COMMUNIQUE FINAL du GIT-Séance du 15 janvier 2006

1. La 3ème réunion ministérielle du Groupe de Travail international (GTI) s'est tenue à Abidjan le 15 janvier 2006 sous la co-présidence de S.E. M. Oluyemi Adeniji, ministre des Affaires étrangères du Nigeria, et de M. Pierre Schori, représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Côte d'Ivoire. Etaient présents les ministres du Ghana, du Niger, de la France, de la République sud-africaine et du Royaume-Uni, ainsi que le commissaire Paix et Sécurité de l'Union africaine, le commissaire au Développement et à l'Aide humanitaire de la Commission européenne, le Secrétaire exécutif de la CEDEAO, et les représentants des Etats-Unis d'Amérique, de la Guinée, du Bénin, de l'Organisation internationale de la Francophonie, de la Banque mondiale et du bureau du Haut représentant pour les élections.

2. Le Premier ministre a exposé au groupe l'évolution de la situation depuis sa nomination, les défis auxquels son gouvernement est confronté ainsi que sa stratégie pour les surmonter.

3. Le Groupe a félicité le Premier ministre pour la formation du nouveau gouvernement et le démarrage rapide de ses activités ce qui a permis de définir un cadre pour la mise en oeuvre effective et dans les délais de la feuille de route. A cet égard, le Groupe affirme son plein soutien au Premier ministre, et demande au Groupe de médiation d'entretenir avec lui des relations de travail étroites. Le Groupe salue l'engagement du Premier ministre à travailler dans un esprit de consensus.

4. Conformément au paragraphe 11 de la résolution 1633 du CSNU relatif à l'expiration du mandat de l'Assemblée nationale, le GTI a tenu des consultations approfondies avec les parties ivoiriennes sur le fonctionnement des institutions de l'Etat. Le GTI a tiré la conclusion que le mandat de l'Assemblée nationale, qui a expiré le 16 décembre 2005 n'a pas à être prolongé.

5. Néanmoins, pendant la période de transition, le GTI recommande que le Premier ministre, en consultation avec le chef de l'Etat, et se fondant sur l'expérience des anciens députés, puisse à sa convenance, leur confier des missions spécifiques en vue de la promotion de la paix et de la réconciliation nationale.

6. Préoccupé par le blocage de la CEI, le groupe prend acte de l'intention du HRE de rendre son arbitrage sur cette question dans des délais qui permettent à la CEI d'être opérationnelle avant la prochaine réunion du GTI.

7. Le Groupe condamne vigoureusement les graves incidents survenus aux camps militaires d'Akouédo, qui s'ajoutent à une série d'événements analogues visant à compromettre les progrès du processus de paix. Le Groupe condamne également les violations caractérisées des Droits de l'Homme qui en ont résulté et qui ont touché des civils innocents et des ressortissants étrangers.

Le Groupe encourage le gouvernement et les forces impartiales à renforcer leur coordination en vue de créer un environnement sûr pour la mise en oeuvre sans heurts de la feuille de route, notamment en garantissant la libre circulation et la liberté des activités politiques sur toute l'étendue du territoire.

8. Le Groupe note également avec une profonde préoccupation le ton incendiaire qui continue d'être utilisé par certains acteurs politiques et médias. Une telle attitude négative contrevient à l'esprit du processus de paix et de réconciliation, et représente également une violation flagrante des résolutions des Nations unies.

9. En vue d'assurer la mise en oeuvre du processus d'identification, du DDR et la tenue des élections dans une atmosphère de stabilité et de sécurité, le Groupe recommande au Conseil de sécurité des Nations unies de réexaminer le niveau des effectifs militaires et de police de l'ONUCI conformément au paragraphe 22 de la résolution 1633 (2005).

10. Le Groupe tiendra sa prochaine réunion le 17 février 2006 en Côte d'Ivoire./.

mercredi, janvier 11, 2006

Afrique de l'Ouest : Revue de l’année 2005

Débuts de stabilité dans la région la plus pauvre au monde

DAKAR, le 11 janvier (IRIN) - L’Afrique de l’ouest, région la plus pauvre au monde, a connu de nombreuses avancées en 2005, notamment au Liberia et en Sierra Leone, qui se rapprochent progressivement d’une paix durable. Mais des problèmes récurrents tels que la corruption et le chômage pourraient freiner ces progrès, et dans les autres pays de la région, les perspectives restent sombres.

Au Liberia, la plus vielle république d’Afrique, Ellen Johnson-Sirleaf, une diplômée de Harvard, a remporté le second tour des élections présidentielles au mois de novembre, devenant ainsi la première cheffe d’Etat africaine.

Les Libériens ont espéré que ce scrutin tourne la page des 14 années de guerre que le pays a connu, tandis que Mme Sirleaf s’est déclarée « humble face à l’énorme défi » qui l’attend.

Et du travail, elle en a ! Monrovia, la capitale du front de mer, économiquement prospère dans les années 1970 est aujourd’hui en ruines, criblée d’impacts de balles, dépourvue d’électricité et d’eau courante.

Et tandis que les 15 000 casques bleus de la mission des Nations unies au Liberia (MINUL) supervisaient ces élections mémorables, les résidents de la Sierra Leone voisine faisaient leurs adieux aux troupes de maintien de la paix déployées dans leur pays.

Le dernier contingent de la mission des Nations unies en Sierra Leone (MINUSIL) a quitté le pays en décembre, après six années au cours desquelles ils ont repris le contrôle des zones aux mains des rebelles et des combattants des milices, restauré l’autorité du gouvernement, et supervisé des élections.

Avec 17 500 hommes, la MINUSIL, qui fut à un moment donné, la mission de maintien de la paix la plus importante au monde, a laissé derrière elle des routes nouvellement réparées ou construites, des ponts, et même des écoles et des hôpitaux.

Une police formée notamment par les agents des Nations unies assure désormais la sécurité du pays et les revenus du gouvernement ne cessent de croître, principalement grâce aux mines de diamant dont il a en partie repris le contrôle. Mais la moitié des revenus potentiels issus du diamant disparaissent toujours à travers les frontières poreuses du pays, sans laisser de traces.

Mais la corruption touche toutes les couches de la population. Selon certains travailleurs humanitaires, certains fonctionnaires n’octroient de contrats gouvernementaux que contre la promesse de commissions équivalant à 20 pour cent des montants déboursés, et les fonds alloués par les bailleurs de fonds finissent souvent dans des comptes en banque privés.

Pour la plupart des analystes, la corruption et le chômage des jeunes pourraient à nouveau faire basculer la Sierra Leone dans un conflit si rien n’est fait pour y remédier.

Il est facile de se procurer des armes légères

Bien que les missions de l’ONU en Sierra Leone et au Liberia aient démobilisé, à elles deux, près de 125 000 combattants et retiré 60 000 armes de la circulation, il demeure facile de se procurer des armes légères en Afrique de l’ouest.

Sidi Konaté, le porte parole du mouvement rebelle qui contrôle le Nord de la Côte d’Ivoire, a déclaré à IRIN cette année qu’acheter une arme en Afrique de l’ouest était « comme avoir besoin d’une paire de Levi’s – si tu la veux, tu peux l’obtenir ».

Et les jeunes hommes -et femmes- prêts à en faire usage sont tout aussi faciles à trouver, selon un rapport de l’ONU publié en 2005.

Dans l’arc des nations ouest africaines en proie aux conflits, qui s’étend de la Guinée-Bissau à la Côte d’Ivoire, le chômage et l’absence de perspectives incitent la jeunesse à rejoindre les rangs des milices, dont certaines passent allègrement d’un pays à l’autre, à l’affût de conflits.

A 67 ans, Mme Sirleaf, dirigera un pays dont plus de la moitié de la population est trop jeune pour se rappeler la paix, n’a pas eu l’opportunité d’aller à l’école, et doit faire face à un taux de chômage de plus de 80 pour cent.

« Notre jeunesse a été gâchée », a déclaré à IRIN Mohamed Dukuly, au mois d’octobre. « Je ne peux même pas épeler mon propre nom », a ajouté le jeune homme de 22 ans, qui fut arraché des bancs de l’école et envoyé, au front, son uniforme sur le dos.

Si le gouvernement de Mme Sirleaf ne parvient pas à créer des perspectives d’avenir pour de jeunes hommes comme Mohamed, il existe un risque réel qu’ils poursuivent leur existence de combattants dans d’autres pays.

Ceux qui cherchent à rejoindre un groupe de mercenaires en guenilles n’auront pas à aller bien loin. Tandis que la situation sécuritaire en Sierra Leone et au Liberia s’est améliorée, la paix reste fragile en Côte d’Ivoire voisine. D’ailleurs, des ex-combattants libériens ont repris du service dans le pays divisé en deux, selon un rapport de Human Rights Watch

Comme le Liberia, la Côte d’Ivoire aurait du organiser des élections l’année dernière, mais trois ans après le premier accord de paix, le premier producteur de cacao n’a jamais semblé aussi éloigné de la paix.

Des élections ajournées

Quelques semaines avant les élections programmées pour le 30 octobre, les listes électorales n’avaient toujours pas été mises à jour, les miliciens et les rebelles étaient toujours armés et le pays était toujours divisé entre un sud contrôlé par le gouvernement et un nord aux mains des rebelles.

Les efforts déployés par l’Afrique du Sud pour mettre fin au conflit n’ont rien donné, et les Nations unies ont finalement déclaré que les élections ne pourraient avoir lieu en raison de l’intransigeance des parties en conflit.

L’ONU a approuvé la proposition de l’Union Africaine, qui suggérait de laisser le président Laurent Gbagbo au pouvoir pour une année supplémentaire. Elle s’est ainsi mise à dos les rebelles et l’opposition politique, qui souhaitaient qu’un gouvernement de transition mène le pays vers les élections.

Les derniers mois de l’année ont vu la nomination d’un nouveau premier ministre aux pouvoirs renforcés, selon la résolution 1633. Charles Konan Banny, le gouverneur de la Banque centrale d’Afrique de l’ouest, a désormais la charge de sortir le pays de l’impasse et de relancer le processus de paix.

L’ouest du pays, foyer de la production cacaoyère, a de nouveau été le théâtre d’affrontements sporadiques à caractère ethnique. En avril et en mai, des dizaines de personnes ont trouvé la mort et des milliers d’autres ont fui leurs maisons après une série d’attaques-représailles tour à tour commises par des agriculteurs immigrés et des propriétaires terriens indigènes.

En ce début d’année, les analystes prédisent l’apparition de nouveaux troubles dans cette région, voire dans l’ensemble du pays. Ces derniers craignent que les parties en présence refusent le désarmement et ne parviennent pas à trouver de compromis sur les questions de nationalité au cœur du conflit. Un tel scénario maintiendrait la division du pays et ne permettrait certainement pas l’organisation d’un scrutin avant la nouvelle échéance d’octobre 2006.

En l’absence d’élections, la situation de la Côte d’Ivoire, qui oscille actuellement entre la guerre et la paix, ne se décantera pas et le pays restera une menace réelle à la stabilité et au progrès économique de l’Afrique de l’ouest, région qui regroupe la moitié des 26 pays les moins développés au monde.

La crise ivoirienne a un impact direct sur le Mali et le Niger, enclavés, et sur le Burkina Faso. La guerre a ainsi érigé une nouvelle barrière entre leurs frontières et Abidjan, le plus important port francophone d’Afrique de l’ouest.

Difficultés économiques

Malgré l’apparition de nouvelles routes commerciales au travers notamment des ports ghanéens, guinéens, béninois, sénégalais et togolais, le coût des importations a augmenté tout comme celui des produits d’exportation, qui ont perdu de leur compétitivité.

La crise économique a touché très durement le Mali, le Niger et le Burkina Faso qui, avec la Sierra Leone, ont occupés les dernières places de l’Index de développement humain de l’ONU publié en 2005.

La crise alimentaire qui a touché l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest en 2005 a mis en exergue l’ampleur de la pauvreté dans les zones désertiques du Sahara, où les fermiers pratiquant l’agriculture de subsistance et les bergers nomades peinent à gagner leur pitance dans un environnement difficile et souvent imprévisible.

Le Niger, le pays le plus pauvre au monde, a été touché le plus durement. Ce n’est que tardivement, lorsque les media internationaux ont diffusé les images de nourrissons émaciés, que les bailleurs de fonds, tancés par leurs opinions publiques, ont consenti à financer les demandes d’assistance émises depuis des mois par le gouvernement et les organisations humanitaires.

L’invasion acridienne et la sécheresse qui ont frappé les pays du Sahel ont bien entendu contribué à aggraver un problème récurrent, mais, selon de nombreux travailleurs humanitaires, le problème sous-jacent de la crise de 2005 était la pauvreté. Chaque année, des enfants ouest africains meurent de malnutrition, loin des caméras de télévision, et selon les données de l’ONU, 13 millions d’enfants âgés de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique dans la région.

Tandis que la famine a frappé les zones arides, les zones forestières plus au sud ont elles été confrontées à des pluies diluviennes. La Guinée Bissau a été au centre de l’épidémie de choléra qui a touché l’ensemble de la région en 2005. Cette maladie hydrique a tué des centaines de personnes et affecté des dizaines de milliers d’autres, surtout des personnes âgées et des enfants.

En août, le gouvernement de Guinée Bissau, qui a en héritage des années d’instabilité politique, a admis qu’il était tellement endetté qu’il ne pouvait réunir les 104 000 dollars américains nécessaires pour juguler l’épidémie de choléra.

Finalement, l’ONU a lancé un appel de fonds régional d’un montant de 3.2 millions de dollars américains pour venir à bout de l’épidémie, mais il n’a pas généré le moindre sou, et la maladie a suivi son cours naturel, disparaissant en même temps que les pluies.

Les résidents bissau-guinéens ont également choisi un nouveau président en 2005, au terme d’un scrutin qui a rappelé aux observateurs que les rivalités politiques étaient toujours de mise. Joao Bernardo « Nino » Vieira, un ancien chef militaire, a remporté les élections, mais son rival a refusé de reconnaître les résultats et le premier ministre mécontent a rapidement été renvoyé.

L’effervescence togolaise

Des tensions ont également éclaté subitement au Togo lorsque le président Gnassingbé Eyadema, doyen des chefs d’état en exercice sur le continent, est mort, et que son fils a pris le pouvoir, avec le soutien de l’armée.

Des manifestations violentes dans le pays et des pressions diplomatiques venant de l’extérieur ont obligé Faure Gnassimgbé à organiser des élections, qu’il a finalement remportées, mais qui, selon l’opposition, ont été entachées de fraudes. Elles ont été suivies de nouveaux affrontements.

Selon une enquête de l’ONU, au moins 400 personnes ont trouvé la mort au cours de ces affrontements, surtout des leaders de l’opposition ciblés par les forces gouvernementales. Près de 25 000 Togolais se sont réfugiés au Ghana et au Bénin voisins, par peur des représailles.

Eyadema mort, c’est Omar Bongo du Gabon, qui a obtenu un nouveau mandat lors des élections de novembre, qui a désormais revêtu la cape de doyen des présidents africains en exercice.

Un autre vétéran politique de la région, Blaise Compaoré, a également obtenu le seing de la population pour prolonger ses 18 années de pouvoir. Son interprétation de la limite constitutionnelle des mandats présidentiels a provoqué la grogne de l’opposition mais lui a permis de remporter un troisième mandat lors des élections de novembre, avec plus de 80 pour cent des voix.

Au Tchad, le président Idriss Déby a obtenu le feu vert de la population lors d’un référendum pour amender la constitution et lui permettre de présenter sa candidature aux élections présidentielles de 2006.

Mais l’emprise du président sur le pouvoir a semblé de moins en moins assurée à la fin de l’année, lorsqu’il a dissous sa garde présidentielle après que des soldats aient quitté les rangs de l’armée nationale et se soient réfugiés à l’est du pays. Les postes orientaux du pays ont connu quelques attaques, et le président Déby s’en est virulemment pris au Soudan voisin qu’il accuse de fournir une base arrière aux rebelles. Les tensions régionales ont été exacerbées et le futur semble problématique.

La décision de Déby de supprimer un fonds destiné à réserver une portion des pétrodollars pour les futures générations a soulevé la réprobation de la Banque mondiale. Cette dernière avait aidé à mettre en place ce programme novateur permettant d’assurer que la manne pétrolière soit affectée à la réduction de la pauvreté.

Maaouya Ould taya, président depuis 21 ans de la Mauritanie, la seule République islamique ouest africaine, a été renversé au mois d’août, dans un coup d’état effectué sans effusion de sang.

La nouvelle junte militaire a promis un rapide retour à la démocratie et a programmé les élections pour mars 2007. Mais cela laisse plus que le temps nécessaire pour un revirement, ont prévenu les analystes. Les revenus pétroliers devraient entrer dans les coffres de l’Etat au début de l’année 2006, ce qui pourrait encourager les nouveaux dirigeants de la Mauritanie à rester au pouvoir.