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vendredi, avril 28, 2006

Déclaration de son excellence Monsieur CKB, Premier ministre devant le conseil de sécurité des nations unies

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,

Permettez-moi, tout d’abord, de vous remercier pour l’occasion que vous m’offrez, ce matin, de m’adresser au Conseil de sécurité à un moment important du processus de paix en Côte d’Ivoire.

Je voudrais, ici, féliciter la Chine pour le travail accompli pendant sa présidence mensuelle du Conseil de Sécurité.

J’aimerais également vous adresser les salutations et la reconnaissance du peuple ivoirien, du Chef d’Etat, SEM. Laurent GBAGBO, et du Gouvernement de transition, que j’ai l’insigne honneur de conduire, pour l’intérêt que le Conseil de Sécurité ne cesse de manifester à l’endroit de la Côte d’Ivoire, depuis l’éclatement de la crise, le 19 septembre 2002.

Il me plait particulièrement de vous exprimer ma gratitude pour le soutien constant que vous apportez à mon Gouvernement et à moi-même, depuis notre prise de fonction, en 28 décembre 2005.

A cet égard, je me félicite de l’accueil et de l’attention que vous avez bien voulu réserver à mon Ministre des Affaires étrangères, à l’occasion de son récent passage ici, le 29 mars dernier.

La réunion de ce matin m’offre l’agréable opportunité d’exprimer les sincères remerciements et la reconnaissance du peuple ivoirien au Secrétaire Général des Nations Unies, M. Kofi ANNAN, pour tout ce qu’il fait pour aider la Côte d’Ivoire à retrouver la paix et la stabilité. Sa présence dans cette salle, ne ce moment précis, en est le témoignage.


Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Excellences Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,

Vous connaissez mieux que quiconque, la situation de la Côte d’Ivoire, et notamment celle du processus de paix et de réconciliation engagé depuis la signature des différents accords de Linas Marcoussis, d’Accra et Pretoria, avant l’adoption, le 21 octobre 2005, de la résolution 1633 (2005) du Conseil de sécurité.

Avant cette date, le processus était en difficulté. D’ailleurs, cette résolution a du être adoptée pour, à la fin du mandat du Président de la République, continuer le processus de paix engagé, mais qui n’avait pas connu de progrès suffisant, pour permettre la tenue des élections au 31 octobre 2005. Les différents protagonistes ivoiriens ne parvenaient pas à poser des actes significatifs allant dans le sens du respect des délais fixés par les accords. Le manque de confiance était manifeste dans la classe politique et notamment entre les principaux leaders politiques ivoiriens. La plupart était hors du pays, certains craignaient même d’être à Abidjan. La situation sécuritaire était au plus bas niveau et le Gouvernement de réconciliation nationale ne fonctionnait pas de façon optimale.

C’est dans ce contexte que le Conseil de sécurité a adopté, sur proposition de la CEDEAO et de l’Union Africaine, la Résolution 1633 (2005).

Depuis l’adoption de cette résolution, et l’espoir qu’elle a créé, la Côte d’Ivoire apprend, sous l’impulsion du Gouvernement de transition, à vivre dans une nouvelle ère. Ce contexte nouveau a permis au processus de paix et de réconciliation de connaître une évolution significative. Même si les choses ne se passent pas à un rythme accéléré, comme nous le souhaiterions, et comme le souhaite la majorité des observateurs ainsi que l’immense majorité des Ivoiriens, la situation générale paraît actuellement relativement satisfaisante.

Plusieurs organisations et hommes d’Etat d’Afrique et d’ailleurs ont apporté leurs concours aux leaders politiques ivoiriens et au peuple de Côte d’Ivoire afin de permettre au processus de paix de connaître des avancées notables. A cet égard, je voudrais exprimer la reconnaissance de la Côte d’Ivoire à la CEDEAO et à son Président Mamadou TANDJA, à l’Union Africaine, à son Président, Son Excellence Monsieur Denis SASSOU N’GUESSO, sans oublier le Président sortant Son Excellence Monsieur OBANSANDJO et le Médiateur de l’Union Africaine, le Président Thabo M’BEKI, ainsi que les autres Chefs d’Etat pour le rôle positif qu’ils ont eu à jouer.

Naturellement, je voudrais souligner, encore une fois, le rôle de premier plan joué par le Secrétaire Général des Nations Unies, M. Kofi ANNAN, et par son équipe basée en Côte d’Ivoire, auxquels je joins évidemment les Forces françaises de l’opération Licorne.

Grâce aux efforts de tous et au ¨tandem¨ que j’ai pu former avec le Chef de l’Etat, SEM. Laurent GBAGBO, mon Gouvernement a pu prendre plusieurs initiatives allant dans le sens de la réconciliation et du retour de la confiance, notamment les deux rencontres de Yamoussoukro, dont vous avez eu échos :
- Le séminaire gouvernemental sur la feuille de route, du 9 au 11 février 2006 ;
- La reprise du dialogue militaire ;
- L’organisation des examens dans les régions centre, ouest et nord ;
- L’ouverture de l’Université dans la ville de Bouaké ;
- La rencontre entre les quatre principaux dirigeants politiques ivoiriens que sont Messieurs Laurent GBAGBO, Henri Konan BEDIE, Alassane OUATTARA et Guillaume SORO, qui s’est tenue le 28 février 2006.

Cette dernière réunion, réalisée pour la première fois en terre ivoirienne, depuis le début de la crise, a permis aux participants d’aborder, en ma présence, les questions essentielles qui les préoccupaient et dont le règlement devrait donner une impulsion nouvelle au processus.

C’est ainsi qu’ils se sont prononcés sur des questions clés, et ont pris des décisions qui ont permis le retour de la confiance entre eux et au sein de la classe politique.

Cela s’est traduit par des progrès importants au plan politique, militaire, administratif et économique.

Sur le plan politique, le rétablissement du dialogue entre les leaders politiques a permis de faire tomber le mur de méfiance qui les séparait, de lever les obstacles qui bloquaient l’application des accords signés, et d’ouvrir la voie à la mise en œuvre des mesures préconisées par la Résolution 1633 (2005) du Conseil de sécurité et la Feuille de route du GTI.

Sur le plan militaire, et conformément aux décisions de la réunion des leaders, les anciennes forces belligérantes, encouragées par le climat de détente politique, ont, à leur tour, repris le cours de leurs échanges interrompus depuis plus d’un an, en vue de l’application du programme DDR. Ce contact inter Etats-majors était bien engagé lorsqu’un malheureux incident intervenu à Tiébissou, le 12 avril 2006, en a ralenti l’évolution. Il ne s’agit cependant pas d’une rupture définitive, car tout est mis en œuvre en vue d’une reprise prochaine de ces pourparlers.

Sur le plan administratif, l’esprit nouveau, né du Sommet de Yamoussoukro, a permis d’engager partiellement le processus de redéploiement de l’Administration dans les régions sous contrôle des Forces Nouvelles dans les domaines de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur.

Ainsi, il a été possible d’organiser, dans des conditions satisfaisantes, les examens scolaires, qui n’avaient pu se faire, depuis plus de trois ans, dans toutes les régions administrées par les Forces Nouvelles.

L’Université de la ville de Bouaké, place forte des Forces Nouvelles, a rouvert ses portes, le 28 mars 2006.

Cet arrêt forcé de l’enseignement dans ces régions a décuplé le désir des élèves de s’instruire. Et c’est avec une intense émotion que, lors de mon premier voyage à Bouaké début février 2006, j’ai lu les messages inscrits sur les pancartes que portaient les enfants et qui s’adressaient aux adultes que nous sommes : « Nous voulons aller à l’école », « Nous voulons des examens » .

Désormais, c’est chose faite, et je m’en réjouis avec les institutions spécialisées des Nations Unies qui appelaient à la reprise des cours et que je remercie au passage.

Sur le plan économique, l’apaisement du climat politique a redonné l’espoir aux opérateurs économiques que j’ai conviés, le 31 mars 2006, à un forum au cours duquel tous les problèmes liés à la poursuite et aux conditions d’exercer de leurs activités ont fait l’objet de franches discussions. Une véritable convergence de vues s’est dégagée à l’issue de nos travaux.

A l’occasion de ces assises, tous les partenaires du secteur ont insisté, entre autres, sur l’environnement sécuritaire dont la responsabilité première relève de l’autorité de l’Etat. Or, l’affaiblissement de celui-ci, consécutif à la guerre, rend extrêmement difficile l’accomplissement de cette tâche.

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellence Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,

Ces avancées que je viens d’évoquer doivent, à mon sens, s’inscrire dans une perspective irréversible. Il faut consolider ce climat de confiance qui revient progressivement.

Le processus de paix et de réconciliation se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins et la lecture que j’en fais, avec la communauté internationale, que vous représentez, est que le processus de sortie de crise évolue, certes lentement, mais sûrement dans la bonne direction. D’ailleurs, les récentes déclarations de votre Conseil l’attestent.

Si nous devons tous nous réjouir de l’évolution positive que connaît d’une manière générale le processus de paix, et nous en féliciter, force est de reconnaître que certaines résistances subsistent encore qui l’empêchent d’aller rapidement conformément au calendrier établi par la Feuille de route du GTI. Cela s’observe malheureusement au moment où le Gouvernement œuvre, avec détermination, à la résolution des problèmes fondamentaux, nés de la crise, et dont la solution doit permettre la création de conditions idéales en vue de l’organisation d’élections ouvertes, justes, démocratiques et transparentes en octobre 2006. A ce propos, je voudrais saluer l’arrivée en Côte d’Ivoire, le 19 avril 2006, de M. Gérard STOUDMANN, nouveau Haut Représentant des Nations Unies pour les Elections en Côte d’Ivoire, et l’assurer de la coopération pleine et entière de mon Gouvernement.

A ce stade du processus où des décisions importantes doivent être prises, je me permets d’appeler à la vigilance et au redoublement des efforts de tous en vue de la résolution des problèmes restants. A cet égard, je me félicite du contenu du 8ème Rapport du Secrétaire général sur la situation en Côte d’Ivoire, et notamment du paragraphe 74 de ce document, dans lequel, M. ANNAN se préoccupe du retard accusé par le processus et des conséquences que de nouveaux blocages pourraient entraîner, si les échéances fixées par la Résolution 1633 (2005) n’étaient pas respectées.

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,

Il faut aider à consolider les avancées politiques engagées par le Gouvernement ivoirien et à arriver à un véritable pacte de cohésion et de stabilité politique, ciment de tout processus de sortie de crise. Le temps est venu de transformer les efforts ponctuels en une action collective de la communauté internationale.

C’est pourquoi mon Gouvernement fait sien le souhait du Secrétaire Général des Nations Unies de voir renforcer davantage les capacités humaines, matérielles et financières de l’ONUCI afin de lui permettre d’assurer la sécurisation de tout le processus de sortie de crise, jusqu’à son terme.

Comme vous le savez, les étapes de ce processus tels que ceux du DDR, de la sécurité des opérations électorales et des populations lors des élections, nécessitent un environnement sécurisé et de confiance que seule une présence militaire dissuasive peut assurer.

Par ailleurs, l’importance des élections d’octobre 2006 pour la Côte d’Ivoire et pour la communauté internationale milite en faveur de la mise en place d’un dispositif qui puisse permettre que tout se fasse dans la transparence et la justice, afin d’éviter toute velléité de contestation des résultats des consultations électorales.

S’agissant particulièrement du renforcement de la sécurité sur toute l’étendue du territoire national, je voudrais spécialement souligner que ce point constitue la préoccupation majeure de tous les Ivoiriens et, partant, du Gouvernement de la Côte d’Ivoire. En effet, non seulement il faudrait garantir la sécurité à Abidjan mais aussi à l’intérieur du pays, notamment à Bouaké et dans la région Ouest.

Cette région, comme vous le savez, fait frontière avec la République du Libéria qui partage beaucoup de similitudes ethniques et culturelles avec les populations de l’Ouest ivoirien. Assurer une bonne sécurité de cette partie de la Côte d’Ivoire équivaut à assurer davantage la sécurité du Libéria et renforcer le processus démocratique naissant dans ce pays.

Le cas échéant, tout débordement incontrôlé qui déstabiliseraient l’Ouest ivoirien auraient inévitablement des conséquences fâcheuses au Libéria, voire au-delà, en Sierra Leone. A cet égard, mon Gouvernement se réjouit du retour des Casques bleus de l’ONUCI dans cette région du pays. Il s’engage à leur assurer, ainsi qu’à toutes les forces impartiales, la liberté de mouvement et de travail.


Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,

Je sais qu’un projet de Résolution portant sur l’augmentation des effectifs de l’ONUCI est en cours d’élaboration au sein du Conseil. Si mon Gouvernement salue cette initiative, il serait souhaitable cependant que le nombre des Casques bleus supplémentaires devant être mis à la disposition de l’ONUCI se rapproche, le plus possible, de celui demandé par le Secrétaire général. Ainsi l’ONUCI pourrait être capable d’apporter un soutien dynamique et efficace au Gouvernement dans la mise en œuvre de la Feuille de route du GTI.

Pour toutes ces raisons, je voudrais vous prier, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil, de soutenir la proposition du Secrétaire général et de l’examiner très favorablement.

Sachez cependant que je reste, convaincu que sans la ferme volonté politique des principaux acteurs de la crise et de tous les Ivoiriens, de sortir la Côte d’Ivoire du conflit actuel, aucune présence militaire, aucune pression internationale ne peuvent régler la crise que traverse le pays. Mais il est aussi vrai que sans le soutien de la communauté internationale, les Ivoiriens ne pourront pas, tout seuls, régler tous les problèmes majeurs du conflit ivoirien.

Oeuvrons donc tous ensemble, pour le retour à la paix en Côte d’Ivoire, pour que rien ni personne ne nous fasse revenir en arrière. C’est dans cet esprit que j’invite également tous nos partenaires internationaux, et notamment ceux des secteurs du développement, au respect de leur engagement conformément au point 3 du Chapitre 8 de l’Accord de Linas Marcoussis portant sur le redressement économique et la nécessité de la cohésion sociale. Celui-ci stipule en effet que « la Table ronde de Linas Marcoussis recommande aux Institutions internationales et aux partenaires au développement internationaux d’apporter leur concours au processus de redressement de la Côte d’Ivoire ».


Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Excellences Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,

Je vous sais infiniment gré de votre accueil et de l’attention que vous avez bien voulu m’accorder.

Je vous remercie.

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