Rapport de la situation humanitaire en Côte d'Ivoire15 mars - 15 avril 2006
I. Situation politique et sécuritaire
Durant la période du 15 mars au 15 avril 2006, le contexte politique dans le pays a connu des changements importants suite à un dégel apparent dans les relations entre les principaux protagonistes de la crise ivoirienne. Le retour à Abidjan du Secrétaire Général des Forces Nouvelles (FN), Guillaume Soro, et la reprise du dialogue entre les Etats-Majors des FDS et FAFN, sont les principaux éléments de ce processus. Parallèlement, une avancée politique considérable a été faite lors de la visite en Côte d’Ivoire du 06 au 08 avril 2006 du Président de la République du Congo, Denis Sassou N’Guesso, Président de l’Union africaine (UA), quand les principaux acteurs de la crise ont trouvé un accord sur la simultanéité des opérations de désarmement et d'identification des électeurs.
Guillaume Soro, qui exerce en même temps les fonctions de Ministre d'Etat, chargé du programme de la reconstruction et de la réinsertion, s’est rendu le 14 mars 2006 à Abidjan. Il a tout de suite repris sa place au sein du gouvernement de transition. A cette occasion le Premier ministre a souligné que M. Soro et lui-même allaient joindre leurs efforts afin de préparer les élections fixées avant la fin du mois d’octobre 2006.
Dans ce contexte, et à l’initiative du Premier Ministre, Charles Konan Banny, les chefs des Etats-Majors des Forces de Défense et de Sécurité de la Côte d’Ivoire (FDS), Philippe Mangou, et des Forces Armées des Forces Nouvelles (FAFN), Soumaila Bakayoko, se sont retrouvés, le 01 avril 2006 à Yamoussoukro. Cette rencontre avait pour but de renouer le dialogue entre les FDS et FAFN et d’entériner une série de rencontre entre les protagonistes. La rencontre suivante du 04 avril 2006 à Bouaké portait sur la mise en place d’un cadre structurel de discussions. Selon les informations de sources concordantes, les FAFN ont émis des préoccupations concernant le vote d’une nouvelle loi d’amnistie, la démobilisation des recrues, l’Etat-Major intégré, l’identification des populations et des combattants et le maintien des grades avec les avantages afférents des officiers des FAFN.
Cependant la reprise du dialogue a connu une interruption car l’étape suivante des négociations à Yamoussoukro prévue le 11 et 12 avril 2006 n’a pas eu lieu à cause des incidents survenus entre la délégation des FAFN et des éléments des FDS.
Par ailleurs, concernant les élections, le Premier Ministre ivoirien, Charles Konan Banny, en visite de travail en France du 10 au 14 avril 2006, a évoqué, la possibilité d’un nouveau délai pour le scrutin présidentiel en Côte d’Ivoire, prévu fin octobre 2006. «Le réalisme veut que si on n’y arrive pas, mais que cependant nous sommes dans une dynamique de paix, la paix ne vaut-elle pas quelque délai ? » a déclaré le Premier Ministre. Recevant son homologue ivoirien, le 13 avril, а Matignon, le Premier Ministre français, Dominique de Villepin, a pourtant rappelé au chef du gouvernement de la Côte d’Ivoire «l’attachement de la France à développer ses relations avec la Côte d’Ivoire, à faire en sorte que le processus de sortie de crise puisse se dérouler dans les meilleures conditions, que les élections puissent être organisées aux dates qui ont été prévues».
Dans le cadre de la dynamique sécuritaire générale plutôt positive à l’Ouest, l’ONUCI a commencé le redéploiement de ses troupes sur le terrain après le retrait de Guiglo des agences humanitaires de l’ONU et de la plupart des ONGs internationales en janvier 2006. Le porte-parole militaire de l’ONUCI, Colonel Omar El Khadir, a déclaré le 23 mars 2006, que les troupes onusiennes ont commencé leur retour à l’Ouest de la Côte d'Ivoire le 19 mars 2006. Il a souligné que le redéploiement des troupes vers Toulepleu se déroule sans problème malgré les déclarations des milices locales qui ont promis de s’opposer au retour des militaires de l’ONU.
Toutefois, les tensions inter-communautraires à l’Ouest persistent. Ainsi, selon les informations du sous-bureau de OCHA à Man, 03 personnes de la communauté Guéré ont été tuées dans un campement du village Zouan, situé non loin du village Peehapa (région du Moyen Cavally) le 27 mars 2006. Les jeunes Guéré de cette zone ont réagi le 28 mars 2006 en érigeant un barrage entre les villages de Domobly et de Zouan, sur la route Guiglo-Blolequin. Ces jeunes accusaient les burkinabés d’être les auteurs de ces meurtres. Grâce à l’intervention des autorités locales, aucun incident n’a été signalé.
II. Situation Humanitaire
A. Coordination humanitaire
OCHA-CI diversifie les moyens de coordination des activités humanitaires. Ainsi, le 22 mars 2006, OCHA-CI a repris le cycle de réunions bimensuelles d’information humanitaire générale (RIGH) avec les partenaires humanitaires, les Agences de l'ONU, les Forces Impartiales et les autorités nationales, suspendu depuis décembre 2005 en raison de l’attente de la nomination du nouveau Gouvernement et de la détérioration de la situation sécuritaire dans la zone gouvernementale en janvier 2006. Les participants ont été informés sur la situation humanitaire et sécuritaire qui prévaut dans le pays ainsi que sur l'organisation des examens scolaires dans la zone sous contrôle des Forces Nouvelles. OCHA-CI a informé les participants sur la réforme humanitaire en cours, concernant la création du Fonds Central d’Intervention d’Urgence (CERF) et l'introduction des «clusters». OCHA a aussi fait le point sur le financement du CAP 2005 et a recommandé aux participants des mesures à prendre concernant la revue à mi-parcours du CAP 2006.
Le mercredi 15 mars 2006, au SOFITEL, a eu lieu la conférence de presse des agences des Nations Unies présidée par le Coordonnateur Humanitaire, M. Abdoulaye Mar Dieye. Cette conférence représente une activité-clé du plan de communication d'urgence initiée par OCHA et marque la reprise du cycle de conférence de presse organisé par le IAHCC en 2003 et 2004. Les représentants de l'OMS, UNICEF et OCHA, en tant qu’animateurs principaux, ont apporté des informations sur les thèmes de l'actualité humanitaire, concernant la reprise des examens en zone sous contrôle des Forces Nouvelles, la reémergence du choléra, de la méningite, de la fièvre jaune, le point sur la grippe aviaire, le lancement du CERF et le plein réengagement à l'Ouest.
B. Mouvement des populations
Situation des déplacés de la sous préfecture de Zou (région du Moyen Cavally).
Les acteurs humanitaires continuent leurs efforts visant le retour volontaire des personnes déplacées qui ont quitté la sous préfecture de Zou.
Durant la réunion de concertation entre les représentants des personnes déplacés de la sous-préfecture de Zou, les autorités et élus locaux, les Forces impartiales et acteurs humanitaires (Caritas, IRC, SC-UK, OIM, UNICEF et OCHA) à Duékoué, le 17 mars 2006, les acteurs humanitaires ont pris acte de la décision des déplacées de retourner volontairement dans leurs villages d’origine. Sur 960 ménages des déplacés, 269 ont été identifiés comme candidats pour le premier convoi du retour volontaire. Des délégués des déplacés de Zou se trouvant à San Pedro (estimés à 318 ménages) ont promis de procéder à l’identification des déplacés, candidats volontaires au retour, et de tenir informés les humanitaires et les autorités préfectorales de Duekoué.
Dans le même contexte, le réseau Protection a effectué une mission dans les régions des 18 Montagnes et du Moyen Cavally du 04 au 09 avril 2006. Cette mission composée de représentants de OCHA, UNICEF, HCR, IRC et OIM s’est rendue dans la Sous-Préfecture de Zou où elle a rencontré les populations considérées comme « locales » et « étrangères » des villages de Zou, Pinhou, Zodry, Diedrou et Gohouo afin d’établir les conditions du retour des personnes déplacées se trouvant actuellement sur l’axe Guiglo-Bloléquin (6942 déplacés dans les localités de Mona, Guezon, Domobly, Guiglo ville, Troya 2, Zouan, Glopaoudy, Beoua, Ne, Nedrou, Guezon, Kaade, Guinkin, Ze, Zebly et Bedy-Goazon et 1036 déplacés dans les localités de Ziglo, Zeaglo, Beoue, Douandrolu, Pohan, Guezon et Blolequin ville), à Duekoué ville et à Bangolo ville. Par ailleurs, la mission a constaté des retours spontanés de personnes déplacées qui témoignent de leur volonté de regagner leurs villages.
Par ailleurs, l’OIM en coordination avec les représentants des personnes déplacées de la Sous-Préfecture de Zou, vivant dans des familles d’accueil à Guiglo, à Blolequin et villages de l’axe Guiglo-Bloléquin, a sorti les premières statistiques (avec critères de vulnérabilité) des déplacés qui souhaitent retourner chez eux, par villages d’accueil et d’origine. Ce sont au total 7.980 déplacés répartis dans 21 villages et dans les villes de Guiglo et de Bloléquin. L’OIM en collaboration avec les comités de déplacés envisage un travail similaire sur les axes Guiglo-Duekoué et Duekoué-Bangolo.
Durant la période rapportée, l’ONG SOLIDARITE a lancé le Programme d’appui à la réinstallation durable des personnes déplacées internes à l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Ce programme, financé par l’Union européenne, prévoit la réhabilitation des puits et réparation légère d’infrastructures communautaires (routes, écoles centres de santé etc.) dans le Nord du département de Bloléquin, et le Nord Ouest du département de Guiglo.
Réfugiés libériens
Le nombre de réfugiés libériens rapatriés depuis le début de l'année 2006 est de 1325 portant ainsi leur nombre total à 14891 personnes rapatriées volontairement depuis septembre 2004 de Côte d'Ivoire avec l'assistance de l'UNHCR et son partenaire GTZ.
Le jeudi 13 avril 2006, 67 réfugiés libériens du camp de Nicla à Guiglo ont choisi volontairement de retourner au Libéria. Les convois organisés par l'UNHCR à cet effet étaient en direction des comtés de Grand Gedeh, de Nimba et de Monserrado..
Par ailleurs, le 07 avril 2006, cent trente-cinq (135) réfugiés libériens dont 123 en provenance de Tabou et 12 d'Abidjan ont choisi volontairement de retourner au Libéria. Les convois organisés par le HCR à cet effet étaient en direction de Maryland, de Sinoe, de Grand Bassa, de Bong, de Grand Kru, de Monserrado et de River Gee. Le 31 mars 2006, quatre-vingt dix-neuf (99) réfugiés libériens en provenance de Tabou sont volontairement rentrés au Libéria.
Pour favoriser le rapatriement volontaire des réfugiés, une mission de type «Go and see visit» conduite par l'ONG Search For Common Ground, partenaire du HCR Côte d'Ivoire, a été organisée du 23 au 25 mars 2006 à Grand Gedeh et à Nimba (Libéria). L'objectif principal de cet exercice était de permettre aux quatre (04) réfugiés du camp de Nicla en mission, de faire une «photographie» de la situation réelle dans leurs zones d'origine en évaluant les conditions de vie et les services disponibles et ensuite, à leur retour, de les communiquer aux autres réfugiés restés sur place. Ces informations communiquées devraient aboutir à une prise de décision responsable des réfugiés pour le retour. Search For Common Ground a également organisé des missions de sensibilisation pour le rapatriement volontaire à travers l'organisation de théâtre interactif dans la Zone d'Accueil des Réfugiés du 28 au 31 mars 2006.
C. Santé/nutrition
Méningite
OMS a indiqué que de la semaine 1 à 12 environ 356 cas de méningite ont été rapporté sur l’ensemble du territoire ivoirien avec près de 33 décès. Ces cas ont concerné surtout 5 districts (Bouaké, Korhogo, Séguéla, Boundiali et Tengréla) où 80 000 doses de vaccins ont été utilisées pour la riposte avec l’appui financier de l’OMS et de l’UNICEF. À la semaine 10, onze (11) cas dont 5 décès ont été enregistrés dans le district sanitaire de Tengréla (région des Savanes) avec une population de 71 169 habitants. Neuf (9) cas testés sur 10 ont été confirmés méningite A. Le seuil épidémique a été atteint depuis la semaine 10 et les localités les plus touchées sont Tengrela, Kanakono, M'bellê, San, Tindiremé. Le Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique a déclaré l'état d'épidémie dans le département de Tengrela le 03 avril 2006. Une équipe de l’Institut National d’Hygiène Publique et de l’OMS a été dépêchée sur le terrain pour assurer le suivi de la situation.
Face à cette récente épidémie de méningite déclarée dans la zone de Tengrela, 35 000 doses de vaccins anti-méningocoque (AC) ont été acheminées pour une campagne de vaccination qui s’est déroulée du 03 au 09 avril 2006. Cette campagne de vaccination, effectuée par le Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique avec un appui de l’OMS et de l’UNICEF, a pour objectif premier de circonscrire l’épidémie à cette zone. Une commande de vaccin est en cours pour étendre la couverture vaccinale là où c’est nécessaire.
Grippe aviaire
En plus de la persistance de l’épidémie de méningite dans le pays, la menace de la grippe aviaire est l'objet d'une nouvelle préoccupation nationale. Les autorités ivoiriennes et la communauté humanitaire ont tenu en mars 2006 une réunion élargie sur le Plan National Multisectoriel de Réponse et de Riposte à la maladie. Dans le cadre de la prévention de la propagation de la grippe aviaire en Côte d’Ivoire, une cellule inter-agence composée de l’OMS, la FAO, l’UNICEF, l’OIM et l’ONUCI a été crée. Les réunions de la cellule se déroulent sur la base hebdomadaire. En plus, les représentants de l’OMS et de la FAO rencontrent régulièrement les responsables du Ministère de la Santé et de l'hygiène publique et du Ministère de la Production animale et des ressources halieutiques, pour discuter du problème. Un plan de contingence a été élaboré d’un coût global de $2.401.000 avec une demande d’urgence de $ 832.000. Ce plan a été élaboré sous l’égide de L’OMS et de la FAO. Ces deux agences insistent auprès du Gouvernement sur la nécessité d’intensifier la surveillance et l’information du public, surtout que la maladie est déjà au Burkina Faso, un pays limitrophe à la Côte d’Ivoire. L’OMS mène actuellement un plaidoyer pour le financement de ce plan. Dans ce contexte une table ronde des partenaires sur les problèmes liés à la propagation de la grippe aviaire sera organisée avec pour objectif de mobiliser des fonds.
Nutrition
A Guiglo, MSF-France note une croissance des cas de malnutrition sévère parmi les patients du Centre Nutritionnel Thérapeutique (CNT). Les statistiques des cas d’admission sont passées de 37 en janvier 2006 à 61 cas en février 2006 et à 71 cas en mars 2006. Les causes de cette montée des cas de malnutrition pourraient avoir un caractère saisonnier. MSF-France souligne que de nombreuses mères tardent à adresser leurs enfants au centre ce qui aggrave leur état de santé.
L’augmentation des cas d’admission des enfants malnutris est notée à Man. Selon MSF-Belgique, durant les deux premières semaines d’avril 2006, le nombre de cas d’admissions des enfants malnutris au Centre Nutritionnel Thérapeutique (CNT) à Man est passé de 40 à 60. Les enfants proviennent généralement des zones de Bangolo, Kouibly et Danané. Pour réduire la pression sur le centre et permettre l’admission de nouveaux enfants, MSF-Belgique envisage d’utiliser des CNT ambulatoires pour la prise en charge des patients de Man.
D. Education
Selon les statistiques du Ministère de l’Education Nationale, le taux de réussite aux examens scolaires organisés dans la zone sous contrôle des Forces Nouvelles le 02-04 et 14 mars 2006, se présente comme suit: le BAC – 1282 personnes admises, soit 24,44% de réussite; BEPC – 3321 admis (21,45% taux de réussite); CEPE – 25158 élèves admis, ce qui fait 58,97% de réussite.
Le Ministère de l’Education Nationale a déclaré que dans l’ensemble les épreuves se sont bien déroulées. Cependant dans certains centres, les examens ont commencé avec du retard et on notait un taux élevé d’absentéisme (BAC-38,79%; BEPC-32,52%; CEPE-26,75%). Cela peut s’expliquer par : l’éloignement des candidats de leur centre d’examen ; beaucoup de candidats avaient déjà passé les évaluations en zone Sud. Le Ministère souligne que le délai insuffisant entre les dates fixées pour les examens et la décision de leur organisation (01 semaine) a eu pour conséquence la mise en route précipité des acteurs et l’absence d’une stratégie adéquate d’information et de sensibilisation des candidats.
A la veille du démarrage de la nouvelle année scolaire dans la zone FN, OCHA et l’UNICEF ont tenu une séance de travail avec l’ONG Animation Rurale de Korhogo (ARK) le 04 avril 2006, au sujet de la réhabilitation de 200 écoles dans la zone sous contrôle des Forces Nouvelles dans le cadre du projet «école, espace convivial» dont le lancement aura lieu le 26 avril prochain lors de la visite de l’Ambassadeur du Canada à Korhogo. Ce projet concerne la réhabilitation/construction de latrines, la mise en place de points d’eaux et les petits travaux de réhabilitation des écoles primaires.
E. Eau
La situation de l’eau au nord du pays reste un sujet de préoccupations du gouvernement et des acteurs humanitaires. Le Ministre des Infrastructures Economiques, Patrick Achi, est arrivé à Korhogo le 24 mars 2006 pour évaluer la situation sur le terrain. Il a lancé la phase d’étude technique de raccordement du réseau de la Société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire (SODECI) au fleuve Bandama à Sinématiali (environ 35 km de Korhogo). M. Achi a indiqué d’autres mesures urgentes qu’il compte prendre pour solutionner le problème de l’eau à Korhogo et ses environs à savoir : l’envoi d’une équipe de géophysiciens pour l’identification dans la ville des points favorables à l’installation de forages profonds comme solution complémentaire immédiate; la mise en place d’un programme de 800 forages au titre de l’hydraulique villageoise; le redéploiement à Korhogo, dans les prochains jours, d’un Directeur Technique pour l’Hydraulique. Pour toutes ces actions, le ministre a sollicité l’appui et le soutien des acteurs humanitaires sur le terrain.
Par ailleurs, l'UNICEF en partenariat avec la DHH et les ONG locales, poursuit la réalisation du projet de la réhabilitation des pompes hydrauliques villageoises dans la région des Savanes. A la date du 05 avril 2006, au total, cinq cent vingt (520) pompes hydrauliques ont été réhabilités et 681 comités de gestion de l’eau ont été installés et formés.
Au cours de la période rapportée, IRC continuait la réalisation de son programme Eau et assainissement dans la zone de Zouan Hounien, financé par l’Union européenne. Les 19 comités de gestion d’eau sur 25 ont suivi une séance de sensibilisation, de formation et d’échange d’expérience. Au cours de cette session, trois (3) villages ne faisant pas partie du programme ont sollicité leur intégration au programme Eau et Assainissement de IRC. Par ailleurs, toujours dans le cadre de ce projet, IRC a distribué du ciment pour l’amélioration de 29 puits dans 29 villages sur 50.
F. Protection et cohésion sociale
Dans le cadre du suivi du processus de réconciliation inter-communautaire, OCHA a effectué une mission à Fengolo du 18 au 20 mars 2006, où la cérémonie de réconciliation entre la communauté considérée comme «locales» (Gueré) et les populations considérées comme "étrangères" (Baoulé, Dioula, Burbinabés, etc) a eu lieu. Cette activité a été organisée suite à l’achèvement du projet de cohésion social inter-communautaire facilité par OCHA, financé par le PNUD et mis en œuvre par les ONGs CARE International et AID-CI (Association Internationale pour la Démocratie - Côte d'Ivoire). La cérémonie a vu la participation des autorités locales civiles et militaires et les associations de la société civile. Après la cérémonie il a été décidé de déclarer le 19 mars - la Journée de la Paix, du Pardon et de la Réconciliation à Fengolo.
Avec le financement de l’Union européenne, IRC entreprend un projet pilote de protection et de cohésion sociale dans 12 villages de la sous-préfecture de Zou (région du Moyen Cavally). Ce projet qui démarre effectivement en avril 2006, prévoit la mise en place de comités de protection et de cohésion sociale dans les villages concernés, sensibilisation sur les Droits de l’Homme ainsi que la mise en œuvre d’un programme «Cash for Work» pour appuyer et accompagner le processus. Par ailleurs, IRC a organisé le 30 mars 2006 à Man un séminaire de réflexion sur les abus et exploitation en milieu humanitaire. A ce séminaire, ont participé les représentants du PAM, UNICEF, OCHA, Section électorale de l’ONUCI, SC-UK, CARE International.
Les acteurs humanitaires accordent une attention particulière à la lutte et prévention des violences basées sur le sexe (Gender Based Violence). Ainsi, dans le cadre du Programme de lutte contre les violences faites aux femmes, financé par l’Union européenne, IRC a organisé 03 séances de mobilisation de masse dans les localités de Guéhouo, Youleu et Diotrou du Département de Man. Par ailleurs 06 séances de sensibilisation contre les violences faites aux femmes et l'excision ont été réalisées à Man. 1650 personnes au total ont été sensibilisées dont 75 militaires. Une autre séance de sensibilisation sur les mutilations génitales féminines a été organisée dans le village de Zoutouo-Darra (région des 18 Montagnes). Cette sensibilisation a rassemblé les habitants de 13 villages environnants. Au total, 266 personnes ont été sensibilisées.
Deux (02) séances de sensibilisation dans les casernes des FAFN à Mahapleu et Sanguiné ont été conduites. Au total, 195 éléments des FAFN ont été sensibilisés. En plus, IRC a organisé 04 journées de sensibilisation de masse, à travers des activités socioculturelles telles que théâtre, jeux, match de football et danses traditionnelles, en abordant les thèmes des Droits de l’Homme à Dioulé (Logouale), Flampleu (Danané), Goenie- Zibiao (Bangolo) et Guin-Houyé (Danané). Chaque journée environ 800 personnes ont été sensibilisées. Par ailleurs, IRC a effectué des séances de sensibilisation sur les violences faites aux femmes à Man (729 personnes sensibilisées) et à Danané, dans les casernes des FAFN (517 personnes sensibilisées).
Compte tenu de la situation tendue qui caractérise la co-existence inter-communautaire dans la Région de Bas-Sassandra, OCHA a dépêché une mission à Tabou, San Pedro et Sassandra du 23 au 26 mars 2006. La mission OCHA a confirmé que le problème foncier dans la région du Bas-Sassandra est à l’origine des conflits inter-communautaires qui mettent en question la cohésion sociale. Les interlocuteurs de OCHA ont reconnu que des problèmes fonciers au départ se sont transformés en conflits inter-communautaires, qui ont pris des allures inquiétantes et constituent actuellement des menaces permanentes pour toute la région. Les conflits inter-communautaires risquent de s’aggraver à l’approche de la fin de la période du bannissement des populations considérées comme «étrangères» décidé en 1999, prévu pour début novembre 2006. Par ailleurs, un mouvement de retour de ces populations a été signalé dans neuf (9) cantons de Tabou et, environs sept à neuf milles (7.000 à 9.000) personnes seraient retournées dans les campements aux environs de deux cantons de Wappo et Dapo, selon les autorités locales.
G. Sécurité alimentaire
A l’issue de l’évaluation de la sécurité alimentaire effectuée dans les régions des 18 Montagnes, du Moyen Cavally et des Savanes, le PAM et la FAO ont déterminé des zones de vulnérabilité qui nécessitent une intervention humanitaire: zones très vulnérables (Fengolo, Logoualé, l’axe Zou et l’axe Danané-Sipilou pour les communautés considérées comme «locales»), zones moyennement vulnérables (Diéouzon, nord Sipilou, sud Sangouiné et les axes Bangiehi-Pinhou et Danané-Guinée), peu vulnérables (nord Bloléquin, nord Sangouiné et Kouibly) et zones non vulnérables (Logoualé, Fengolo et l’axe Zou seulement pour les communautés considérées comme «étrangère ». Dans la région des Savanes il s’agit de la Zone de Korhogo, zone la plus vulnérable avec de mauvaises récoltes, des revenus faibles et une période de soudure déjà installée; Zone dense de Korhogo (villages situés autour de Korhogo) avec des problèmes de terre et des aléas climatiques (mauvaise pluviométrie); Zone de Ferkessédougou qui connaît une situation moyennement bonne; Zone nord de Tengrela, dont la situation varie d’un village à un autre.
Pour chacun des types de vulnérabilité, la FAO et PAM recommandent des actions d’assistance agricole et alimentaire allant de la distribution d’intrants agricoles à la distribution de rations pour la protection des semences.
Dans le cadre de l’assistance aux personnes déplacées, OIM a terminé la distribution de vivres (ration pour le mois de mars 2006), livrés par le PAM, en faveur de 6794 personnes déplacées du Centre d'Accueil Temporaire des Déplacés (CATD) à Guiglo. En ce qui concerne les réfugiés libériens du camp Peace Town de Guiglo, le PAM est encore en phase préparatoire (pré-positionnement des vivres) de la distribution de l’assistance alimentaire.
III. Mobilisation des ressources.
L’UNICEF a rendu publique sa dernière mise à jour des contributions donateurs indiquant que dans le cadre du CAP Côte d’Ivoire 2006, sur les 16 164 878 $ demandés, seulement 2 791 788 $ ont été reçus. L’UNICEF a souligné que l’insuffisance de financements remettait en question la réalisation d’une grande partie de ses programmes dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’eau et de l’assainissement, de l’éducation et de la protection. L’UNICEF a exprimé l’espoir que les donateurs allaient apporter leur soutien à ses activités ce qui permettraient d’éviter l’interruption des programmes en cours et de lancer de nouveaux projets importants.
D’après le Financial Tracking Service (FTS), sur un montant total de $36,431,798 dans le cadre du budget révisé CAP 2005, actuellement $19,568,119 sont disponibles, soit 53.70%.
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